Rose Harel : servante et poétesse

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Alors que dans le Berry, un hommage est rendu cette année à la disparition de George Sand il y a 150 ans, en Normandie, avec discrétion, la vie littéraire célèbre le bicentenaire de la naissance de Rose Harel, servante et poétesse.

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Je préfère à l'amour la douce poésie.

Qui me berce d'un souvenir,

Ses chants harmonieux, sa calme rêverie,

A cette ardeur qui fait mourir.

Extrait du poème, Amour et Poésie.

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Rose Harel, née le 8 avril 1826 à Bellou (61) et décédée à Lisieux le 4 juillet 1885. Tisserande, puis servante à Pont L'Evêque, elle apprend, seule, à lire, puis une amie lui donne des leçons d'écriture le soir. Ecrire l'anime, à trente ans elle étudie l'histoire, l'antiquité grecque, la littérature européenne et la philosophie. Madame de Besneray,  l'arrachera à sa condition, la recueille chez elle et écrira son histoire, Rose Harel, servante - poète.

Rose publiera deux volumes de poésies par souscriptions, dont L'Alouette aux Blés en 1863, que j'ai pu lire sur le site Gallica, et Fleurs d'automne en 1885.

Le 1er mai 1864, Adolphe Bornes, membre de l'Académie de Caen, écrit dans sa préface à L'alouette aux blés : Rose Harel, cette pauvre fille du peuple, qui ; pour toute instruction, apprit à lire, écrire et prier Dieu, est digne du vif intérêt qui s'attache à elle. D'une conduite irréprochable ; bonne pour sa mère, qu'elle soutient du fruit de son travail ; modeste autant que l'est sa position sociale, elle ne paraît pas comprendre tout ce qu'elle vaut, le pourquoi de l'émotion générale qu'éveille la lecture de ses gracieuses poésies : son âme est ouverte à toutes les beautés de la nature ; son cœur aux sentiments les plus généreux...

Sur la couverture du livre, je m'interroge sur la mention de son métier à la suite de son nom : Rose Harel, servante à Lisieux. Est-ce pour montrer à la société qu'une personne de petite condition sait écrire des poèmes ? Ou, est-ce pour attirer l'œil moqueur (mais pas méchant) sur la situation ? A cette époque, les femmes qui écrivaient, étaient désavouées, raillées et voir qu'une demoiselle, servante, même pas issue de la bourgeoisie pouvait être l'auteure de ces poèmes...j'aurais aimée vivre au 19e siècle, rencontrer Rose Harel.

Son recueil de poésies, L'alouette aux blés, met à l'honneur la vie à la campagne, des travaux à la ferme en passant par la contemplation des paysages, l'inspiration des saisons...Elle dédie certains textes à des hommes, des femmes, qu'elle côtoie ou croise.

Les poésies de Rose respirent la fraîcheur, la sincérité et l'authenticité. En lisant son œuvre, je suis séduite par ses mots, je m'attache à son existence car elle montre qu'avec beaucoup de volonté, on peut réaliser son rêve, s'accomplir dans un art créatif. Les grandes études, la fortune, ne sont pas des obligations à l'épanouissement, à la réussite.

Ma lecture fut foisonnante, j'ai relevé quelques poèmes.  L'organisme Normandie Livre m'informe qu'une sélection de poèmes de Rose, tirés de L'alouette aux blés et de Fleurs d'automne, sera publiée le 12 septembre 2026 aux éditions Carnets du Dessert de Lune (dir. Patrick Verschueren) dans un ouvrage intitulé, Poétesse Servante, dans la collection La face cachée, qui a pour objectif de publier des œuvres de poétesses talentueuses et méconnues afin de les mettre en lumière. La médiathèque de Lisieux organisera deux évènements le samedi 19 septembre 2026. Un appel a été lancé auprès d'autres bibliothèques et médiathèques de la région.

Le patrimoine littéraire normand regorge de pépites, je regrette que ces talents du passé ne soient pas mis davantage en lumière car il nourrirait notre champ de connaissance et d'inspiration.

Rose Harel est une poétesse, qui écrit avec justesse la vie de nos campagnes, celle de tous les jours.

 

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